Fin du monde, fin du mois… même combat ?
Si l’écologie se doit d’être sociale pour embarquer tout le monde, les luttes aussi doivent trouver les moyens de converger. Les tentatives se multiplient ces dernières années, malgré les difficultés.
« On veut respirer », clamaient dans un seul et même souffle, le 18 juillet 2020, la Génération Adama et la Génération climat. L’événement, organisé par le comité Adama et l’ONG écologiste Alternatiba, se déroulait à Beaumont-sur-Oise, dans le Val-d’Oise, où Adama Traoré était décédé quatre ans plus tôt, à l’âge de 24 ans, à la suite d’une interpellation. L’union des deux organisations était inédite. Elles appelaient à « construire ensemble les bases d’une nouvelle société, plus juste et plus soutenable, où les quartiers populaires ne seraient plus le terrain des inégalités raciales, sociales et environnementales ». Avec, en ligne de mire, la dénonciation des violences policières et la volonté de faire émerger une « écologie populaire, tournée vers l’amélioration des conditions de vie des populations les plus précaires »
« On veut respirer », un mot d’ordre cherchant à associer les dernières paroles adressées par Adama Traoré aux gendarmes qui le plaquaient au sol – « J’ai du mal à respirer »* – à la concentration des maladies respiratoires liées à la pollution de l’air dans les quartiers populaires. Fin 2021, un rapport de l’Unicef et de Réseau Action Climat indiquait que si « les enfants pauvres ne sont pas systématiquement plus exposés à la pollution de l’air extérieur que les enfants de milieux plus favorisés », ils y sont « généralement plus vulnérables » parce que « soumis au cours de leur vie à davantage d’expositions néfastes »*
Deux ans plus tôt, en 2018, les Gilets jaunes avaient eux aussi mis en avant les liens entre enjeux sociaux et environnementaux. Même si leurs revendications ont d’abord été perçues comme anti-écologistes*– le mouvement étant né en réaction à un projet de taxe sur les carburants – les personnes réunies sur les ronds-points, habitant·es de zones rurales ou périurbaines, avaient pointé les inégalités auxquelles elles faisaient face. Quelles solutions concrètes leur proposait-on pour rejoindre leur lieu de travail sans leur voiture ou pour mener une vie sociale ordinaire ? Ces revendications ont fini par être entendues par une certaine frange de l’écologie, donnant lieu à des marches pour le climat où le slogan « Fin du monde, fin du mois, même combat » a été scandé.




