À la rentrée, faire briller la colère
« La gestion de cette canicule, c’est du pur adultisme. On ne les écoute pas, on ne les respecte pas alors qu’on est en train de piétiner leur avenir. » Ces mots sont ceux de la journaliste Renée Greusard, prononcés à propos des enfants, pendant la canicule de fin juin 2026. On relève alors jusqu’à 35°C le matin dans certaines classes… 3 500 établissements scolaires ferment leurs portes plusieurs jours, et plus de 13 500 aménagent leur fonctionnement, soit près d’un quart des établissements scolaires français.
Journaliste, autrice et mère de deux enfants, Renée Greusard lance à ce moment- là le mouvement citoyen « Faites-la briller », avec Thibaut Schepman, journaliste du média Bon Pote spécialisé dans les enjeux écologiques. Objectif : dénoncer les conditions d’accueil des enfants dans les écoles pendant cet épisode caniculaire. Faire briller, aussi, la colère contre tout un système responsable et inadapté à la crise climatique. Parents et enfants d’au moins 25 villes de France se sont ainsi réuni·es devant les écoles, tous les matins, durant la dernière semaine de classe, en se parant de couvertures de survie, symbole des moyens dérisoires dont disposent les enseignantes et les parents pour rendre le quotidien des enfants un peu moins insupportable.
À ce mouvement se sont ajoutées un peu partout en France des dizaines de rassemblements et pétitions en ligne pour demander des mesures d’urgence et durables. À Nantes, l’initiative 35°C à l’école, a réuni une soixantaine d’établissements pour réclamer des voiles d’ombrage sur les cours, des brumisateurs extérieurs… Mais surtout, des actions rapides de la part de la Ville de Nantes, selon « un calendrier clair et public pour des travaux d’adaptation thermique dans chaque école », peut-on lire sur la pétition du collectif qui réunit près de 3 000 signatures à l’heure où nous bouclons ce numéro.
Puis l’été, inéluctablement, est passé. Les températures redeviennent peu à peu supportables et finiront par se rafraîchir vraiment. C’est la rentrée, et le feu de la colère risque de s’éteindre, lui aussi. Pourtant, les épisodes de canicule vont se répéter et s’intensifier : c’est la conclusion convergente du GIEC, de Météo-France et de l’ensemble des organismes scientifiques.
Du côté politique, les preuves d’inaction face aux conséquences du réchauffement climatique sont accablantes. Deux exemples : dès 2023, un rapport d’information de l’Assemblée nationale sur l’adaptation de l’école aux enjeux climatiques estimait que 86% du parc scolaire français devait être rénové. Aujourd’hui, « 80% des écoles ne sont [toujours] pas équipées pour résister aux vagues de chaleur actuelles », estimait Guillaume Perrin, spécialiste de la rénovation des bâtiments publics dans Ouest-France, en juin 2026. En 2024, Emmanuel Macron, qui avait promis le versement de 500 millions d’euros de subventions pour rénover les écoles via le Fonds vert, a sabré ce budget au moment des arbitrages économiques. Il y a de quoi s’interroger : combien d’épisodes caniculaires devront vivre les enfants, à moitié scolarisées, à moitié logé es dans des bouilloires thermiques, qui représentent près d’un logement sur deux* ?
Sur le site du baromètre de la planification écologique, la France s’engage entre autres à « adapter nos territoires et organisations à un réchauffement mondial de 3°C en 2100 (soit + 4°C en France hexagonale), afin de protéger les populations, assurer [..] la résilience des infrastructures et des services essentiels […] ». Des infrastructures scolaires résilientes, oui, c’est ce que demandent les parents pour leurs enfants. Mais en face de cet objectif, sur ce même site internet, il y a une case réservée aux indicateurs qui permettront de l’atteindre… vide, à ce jour.
En attendant que le gouvernement ne remplisse son tableau, rappelons cette fois les mots de Yamina Saheb, docteure en ingénierie énergétique, coautrice du 6° rapport du GIEC, qui s’exprimait sur France Inter en juin dernier : « Sur le parcours d’une trajectoire à + 4°C, on aura tué l’ensemble de l’écosystème qui nous permet de vivre sur terre… » Pour ce seul mois de juin 2026, le bilan humain s’établit à plus de 15000 morts en Europe, attribuables à l’épisode caniculaire. Nos tentatives d’adaptation seront donc vaines sans une lutte parallèle et acharnée pour l’atténuation du réchauffement climatique. Nous devons tous·tes entrer dans la bataille, pour les enfants, à l’école et ailleurs, été comme hiver.
*Étude publiée par l’Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (IGNES) et le cabinet Pouget, basée sur l’indicateur de performance énergétique DPE. Juin 2026.



