La valse des ministres écolos-mais-pas-trop

Rédaction
Marie Bertin

Il y a une question qui a toujours animé le débat public : est-il nécessaire qu’un·e ministre soit compétent·e dans le domaine de son ministère ? Par exemple : peut-on être ministre de l’Éducation nationale, si on n’a jamais travaillé dans l’éducation ? Pour les un·es, ça ne fait aucun doute, il faut forger pour devenir forgeron. Pour les autres, être ministre, femme ou homme politique, exige avant tout un sens de l’arbitrage, et puis, « ils ou elles ne sont pas seules », etc.

Avec les ministres de Macron, ce débat est largement renouvelé. Il y a eu les cas d’Amélie Oudéa-Castéra et François Bayrou, qui nous questionnaient sur le fait d’être ministre de l’Éducation nationale tout en préférant scolariser ses enfants dans le privé. Cette fois la nomination de Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, nous invite à nous poser cette question : peut-on être ministre de l’Écologie, mais ne pas être écolo ?

Ou, en tout cas, « être écolo » mais acheter des actions dans des domaines à l’impact écologique négatif significatif : aéronautique, luxe, fast-fashion ou encore défense. Selon les déclarations de la ministre à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, épluchées en avril dernier par nos collègues de Vert, Monique Barbut détiendrait plus de 150 000 euros d’actions dans 27 grandes entreprises, dont LVMH – numéro un mondial du luxe –, Zara, Airbus – géant de l’aviation civile –, Air Liquide – fabricant de gaz industriels –, Dassault Systèmes, et BNP Paribas – banque française qui finance le plus les énergies fossiles, selon l’ONG Reclaim Finance.

La situation pourrait aussi soulever la question du conflit d’intérêts, mais c’est une autre histoire. En tout cas, d’un point de vue légal, tout irait bien. La HATVP estime que sa situation est « conforme aux exigences applicables ». Au ministère non plus, on n’a pas vu le mal : « Je ne crois pas avoir vu Total dans la liste. Il n’y a pas non plus de “gros méchants” », se sont vu répondre les journalistes de Vert. Ironie du sort, après de plus amples recherches, les mêmes journalistes ont démontré qu’une ancienne version de la déclaration de la ministre faisait état d’actions détenues chez TotalEnergies – disparues dans la version finalement publiée.

N’oublions pas ses prédécesseurs. Christophe Béchu, par exemple, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires (2023-2024), qui, comme l’avaient révélé nos confrères et consœurs de La Topette en décembre 2023, enchaînait les trajets en avion privé, multipliant curieusement les allers-retours depuis Toulouse. Le ministre générait en seulement six déplacements l’équivalent de deux ans et demi d’émissions de CO2 d’un Français. François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire (2018-2019), lui aussi, détenait une interprétation très personnelle de l’engagement en faveur de l’écologie, nous invitant à nous poser cette nouvelle question : peut-on être ministre de l’Écologie et faire des orgies de homards, avec l’argent public qui plus est ? L’intéressé s’en est maintes fois expliqué, évoquant le « travail de représentation » qui était le sien.

Faut-il leur expliquer le sens du mot « représentation » ? À quel point cet argumentaire est absurde ? Heureusement, d’autres ministres de l’Écologie ont été exemplaires à ce sujet. Rappelons-nous finalement le premier des ministres macronistes de l’écologie (de la Transition écologique et solidaire, exactement – 2017-2018), Nicolas Hulot, qui, sentant l’engagement écologiste du gouvernement insuffisant, a osé en claquer la porte. En revanche, il nous a ensuite obligé·es à envisager un autre débat, accusé par six femmes de violences sexuelles qui auraient eu lieu entre 1989 et 2001. L’enquête ouverte à ce sujet a été classée sans suite pour prescription de l’action publique. Mais visiblement, on ne peut pas tout avoir.

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