En quartier populaire, une écologie du lien social
Contexte
Hiver 2025. Des engins de chantier s’activent rue de la Basinerie. Des pans de façade entiers sont en train de disparaître sous les matériaux d’isolation, qu’on pose par l’extérieur. Des locaux vélo sont inaugurés à l’entrée de certains immeubles. Dans l’est de Nantes, le quartier Bottière-Pin Sec est en pleine rénovation urbaine. Ses barres HLM, construites entre les années 1950 et 1970, étaient pour la plupart restées dans leur jus. Rénover devenait une urgence aussi bien sociale qu’écologique.
Le quartier a déjà connu plusieurs vies. Et cette nouvelle mue ravive des liens avec une histoire qui, sur place, a souvent été oubliée. Comment imaginer qu’avant le béton – et les idées reçues qui vont avec l’appellation de quartier prioritaire – tout ici était tourné vers la terre ? Qu’à la place de l’école, il y avait des champs qui nourrissaient la ville ? Qu’il n’y avait sans doute pas plus « écolo » que ses habitant·es et leurs modes de vie ?
Le destin du quartier bascule au milieu du xxe siècle, lorsque l’activité maraîchère se déplace au sud de la Loire. « Ici, les petits terrains n’étaient pas adaptés à la transformation et à la modernisation de la production agricole », relate Sandrine Bernier, historienne et guide touristique, qui a conçu une visite de Bottière-Pin Sec. Le quartier prend sa nouvelle forme dans ce contexte, en même temps que de nombreux grands ensembles partout en France. Une terre d’accueil pour exilé·es prolétaires du centre-ville, dans un premier temps. « Le quartier du Marchix – qui se trouvait en plein milieu de l’actuel centre-ville de Nantes – était très insalubre. Après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, la Ville a décidé de le reconstruire plus à l’est. Les premières personnes arrivées à Pin Sec venaient de ce quartier-là ».
Le quartier goûte alors au confort moderne. À la place des baraquements en bois sont construites des barres de plusieurs étages, qui accueillent de nouvelles familles au fur et à mesure que la population française s’accroît. Ces immeubles font la promesse de conditions de vie plus dignes, avec salle de bain et pièce séparée pour la cuisine. Pin Sec voit arriver ses nouveaux habitant·es dans les années 1950. Bottière, la décennie suivante, en même temps que d’autres quartiers neufs de Nantes comme Malakoff, Bellevue ou Les Dervallières.
Au fil des ans, Bottière-Pin Sec a progressivement cessé de fournir des aliments à la métropole, puis les barres ont perdu de leur splendeur. Aujourd’hui, leurs habitant·es cherchent plutôt à joindre les deux bouts en travaillant ailleurs, dans les secteurs industriels, le BTP, les services à la personne ou les métiers du soin.
Avec la crise énergétique, mes charges pour le chauffage collectif ont beaucoup augmenté. Mais l’été, ça va, je trouve même que je suis plutôt au frais. On sait bien, quand on habite en QPV [quartier prioritaire de la ville], qu’on ne sera jamais logé à la même enseigne que tout le monde (…)
Karine Nevers, aide-soignante Habitante de Bottière-Pin Sec depuis 17 ans




