Le loup est un animal politique

Rédaction
Marie Bertin
Photographie
Jean-Felix Fayolles

À l’échelle du territoire français, le loup a disparu au début du xxe siècle. En 1934, officiellement. « On sait pourquoi il a disparu : il a été éradiqué », tient à rappeler Jean-David Abel, membre du groupe national Loup mis en place par l’État. Il travaille sur le dossier depuis vingt-cinq ans dans le cadre de son engagement au sein de l’association France Nature Environnement (FNE). Pendant près de six décennies, le loup a donc été absent. Puis, en 1992, des individus sont repérés dans le parc du Mercantour, dans les Alpes du Sud. Il revient, par l’Italie ! Et peu à peu remonte vers le Massif central, empruntant les autoroutes naturelles que sont les grands parcs et forêts, les fleuves et leurs affluents.

Ce n’est pas un hasard. Entre-temps, la couverture végétale de la France a beaucoup progressé. « En Ardèche, par exemple, on est passé de 17 % de couverture par des forêts en 1910, à 61 % en 2020. Ce qui a aussi permis aux stocks de proies – sangliers, cerfs, chamois, etc. – de bien se reconstituer. » De quoi faire les affaires du loup. Entre- temps, aussi, les écolos n’ont pas chômé. En 1976, la première grande loi de protection de la nature en France est votée, mettant en place un système complet de protection des espèces animales et végétales. En 1979, la convention de Berne jour un rôle similaire au niveau européen, et la France y adhère. Enfin, en 1992, est votée la directive habitats-faune-flore qui renforce la conservation des habitats naturels, indispensables à la survie des espèces.

Depuis les années 1970, le loup (Canus lupus) était inscrit à l’annexe II de la convention de Berne des espèces de faune «strictement protégées». Ce qui implique qu’il ne peut pas être tué, capturé ou dérangé intentionnellement, sauf exceptions, comme des dommages importants aux cultures ou au bétail. «Était», car l’espèce a été rétrogradée en «espèce protégée» en janvier 2025. «Entre nous, on appelle ça l’affaire de la ponette», rapporte Daniel Béguin, le référent loup FNE Anjou. En référence à la ponette d’Ursula von der Leyen, la présidente de la commission européenne, laquelle est morte des suites d’une attaque de loup en 2022, peu de temps avant que la présidente ne dépose sa proposition de déclassement…

 

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