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Produisons l’énergie ensemble ! Rencontre avec les adeptes de l’énergie partagée en Loire-Atlantique

Face à l’urgence environnementale, des citoyens se mobilisent pour financer des centrales d’énergie renouvelable. On compte une trentaine de projets en Loire-Atlantique dont les pionniers du genre…

Texte et photo : Aurélie Bacheley
Légende : Sur le toit du nouveau Min, à Rezé, les citoyens-actionnaires visitent leur propre centrale photovoltaïque.
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À Rezé, sur le toit du nouveau Min, le Marché d’intérêt national (le Rungis local), une impressionnante flotte de panneaux solaires brille devant une dizaine d’investisseurs : tous des particuliers. Jérôme, 29 ans, est curieux de voir où son argent a atterri. Il est l’un des 300 actionnaires de cette nouvelle centrale photovoltaïque, baptisée Min à Watt.

Ce demandeur d’emploi n’a pas hésité à investir 500 € dans le projet. « Je voulais participer à l’essor des énergies renouvelables qui vont prendre de l’ampleur, et devenir source de revenus pour les particuliers. » Bienvenue dans l ’univers de l’énergie citoyenne. Le principe : des communautés de particuliers investissent de l’argent dans des projets locaux d’énergie renouvelable et décident collectivement de leur développement. Selon la charte du réseau Énergie partagée , l’énergie citoyenne repose sur quatre piliers : des projets écologiques, locaux, sans spéculation, et gouvernés démocratiquement.

« Trois millions d’euros réunis par 1 000 personnes ont permis la construction de quatre éoliennes. »

Michel Leclercq, un des initiateurs du premier parc éolien citoyen de France, à Béganne (56), financé par près de 1 000 habitants. (Photo Stéphane Mahé)

Le pionnier du genre en France est le parc éolien Bégawatts, sur la commune de Béganne, dans le Morbihan. Ce qui ne devait être, à l’origine, qu’une petite éolienne dans le jardin du militant anti nucléaire Michel Leclercq, est devenu une centrale produisant une partie de la consommation électrique de tout le canton. Plus de trois millions d’euros réunis par 1 000 personnes ont permis la construction de quatre éoliennes en 2014.

Leur production annuelle équivaut à la consommation, hors chauffage, de 8 000 foyers. Une réussite qui a donné des ailes aux initiatives suivantes. Min à Watt a récemment levé 120 000 € auprès des particuliers. Jérôme a beau ne pas être un spécialiste des énergies renouvelables, il va pourtant participer à l’émergence de la plus grosse centrale photovoltaïque en autoconsommation de France : « Je suis heureux de mettre un pied dedans et de faire avancer la société vers plus de collaboratif ».

À partir de février 2019, près de 1 700 panneaux solaires vont alimenter environ 900 frigos du Min. À terme, cet investissement générera des revenus issus de la vente d’électricité à Nantes Métropole, l’exploitant du site.

Intérêts désintéressés

Il faudra cependant faire preuve de patience… À Min à Watt, le capital des investisseurs restera bloqué pendant dix ans. La charte nationale d’Énergie partagée qui encadre les projets citoyens depuis 2010 garantit zéro spéculation. La revente des actions est bloquée dans un premier temps, puis leur prix reste limité et une partie des bénéfices doit être affectée à la pédagogie ou à l’investissement dans de nouveaux projets citoyens.

Passé les dix ans de blocage, les citoyens actionnaires de Min à Watt pourront alors toucher des intérêts estimés entre 2 et 3 % par an. De quoi, tout de même, concurrencer un placement sur livret A – de l’ordre de 0,75 % – l’éthique en plus. Si la rentabilité moyenne de ces projets est d’environ 3 à 5 % par an, sur 10 ans 1, cette perspective n’est pas garantie à 100 %. « Même si le risque est très peu élevé, on ne peut pas promettre aux investisseurs qu’ils retrouveront leur capital de départ, ni qu’ils toucheront des dividendes », précise Éric Bureau, de Cowatt, société d’accompagnement des particuliers sur des projets photovoltaïques, dont Min à Watt.

Éric Bureau, initiateur du projet Cowatt à Nantes. (Stéphane Mahé/Les Autres Possibles)

D’après une enquête du réseau ECPDL, Énergie citoyenne en Pays de la Loire, menée auprès de 4 000 investisseurs citoyens, leur premier objectif est d’agir collectivement pour une alternative énergétique. Et pas de se remplir les poches. « Je préfère que mon argent soit placé pour servir la transition plutôt qu’il soit stocké sur un compte sans savoir à quoi il sert », témoigne Maud, militante de l’association Sortir du nucléaire et actionnaire de Min à Watt.

Électrons libres ensemble

À côté du zéro spéculation, l’autre grand principe des projets d’énergies citoyennes, c’est la gouvernance partagée, selon la règle : un individu est égal à une voix. Elle permet aux actionnaires de trouver satisfaction ailleurs que côté porte-monnaie. « Pour le Min, les actionnaires seront autant consultés pour une panne sur un onduleur électrique que pour imaginer comment réinjecter une partie de leurs dividendes : dans une nouvelle centrale photovoltaïque, par exemple », illustre Éric Bureau, de la société d’énergie solaire citoyenne Cowatt.

À l’image du parc éolien de Sévérac : ses quelques 500 actionnaires locaux pensent y aménager un sentier pédagogique, dès que la centrale de quatre éoliennes sera rentable. Peut-être l’année prochaine, soit huit ans après le lancement des démarches, et quatre ans après la pose des premières pales.

Fan de courant

Début 2018, plus de 260 projets en développement ou opérationnels étaient recensés partout en France par l’Ademe. En LoireAtlantique, on en dénombre une trentaine, majoritairement éoliens ou solaires (voir cartographie au dos). Pour l’instant, seulement cinq sont en exploitation. Pas encore de quoi faire rougir le parc nucléaire…

« Les citoyens investis toucheront des intérêts estimés entre 2 et 3 % par an. »

En Allemagne 53 % des parcs éoliens sont détenus par des particuliers, selon l’Institut du développement durable et des relations internationales. « En France, on a dit aux gens pendant des années que l’État gérait l’énergie, qu’ils n’avaient pas à se préoccuper de leur consommation. Là, on leur demande de faire l’inverse. Ça ne va pas changer du jour au lendemain », prédit Éric Bureau.

Le réseau ECPDL, conscient du chemin à parcourir, espère que d’ici 12 ans, 30 % des projets d’énergies renouvelables seront citoyens dans l’Hexagone. Pour atteindre cet objectif, les collectivités ont un sérieux rôle à jouer, car elles décident du tournant énergétique pris pour leur territoire, financent souvent une partie des initiatives et fournissent les lieux d’exploitation.

Non, ceci n’est pas ce qui s’appelle se faire porter pâle. Ici, les coopérateurs à Béganne.

C’est mes watts que je préfère

Pour créer l’engouement général, encore faut-il lever une difficulté : la complexité des projets. C’est ce que tentent de faire les professionnels des structures d’accompagnement en s’occupant en partie des aspects techniques et juridiques des dossiers. « Heureusement que l’association ECPV, Énergie citoyenne en Pays de Vilaine, était là pour prévoir la rentabilité du parc et convaincre les banques de nous suivre… À moins d’être ingénieur, c’est impossible », témoigne Claudette Lacombe, actionnaire du site de Sévérac.

Pour ceux qui n’ont que peu de temps à investir, il reste la solution de l’épargne en ligne proposée par des plateformes comme Lumo ou Énerfip, qui ne prévoient pas de gouvernance par les épargnants.

Quel que soit l’outil, d’après Bernard Lemoult, directeur du Collège des transitions sociétales, c’est le sens de l’investissement qui fait la différence : « Les Français ont plus de 1600 milliards d’euros placés sur des contrats d’assurance-vie [en 2016, ndlr], alors que les économistes parlent de la prochaine crise financière. La meilleure assurance-vie ne serait-elle pas l’investissement dans l’économie réelle, sur son territoire, dans des projets qui ont du sens et sont sources de revenus personnels et locaux? »

1. Source : le Collège des transitions sociétales

 

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