août 2020

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Et si la sobriété énergétique rendait possible le 100% renouvelable en Loire-Atlantique ?

Inauguration des eoliennes citoyennes de Beganne (56). (Énergie partagée)

Les citoyens qui défendent une énergie 100% renouvelable en étaient convaincus bien avant que le monde soit mis à l’arrêt par l’épidémie de Covid-19 : l’avenir énergétique passe par une réduction de la consommation globale, autrement dit la sobriété. Entretien.

Propos recueillis par Marie Bertin
Photo : Inauguration du premier parc éolien citoyen de France, à Béganne (56), en 2014 (Crédit : Énergie partagée).
Illustrations : Géraldine Polès
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Portrait de Charles Esmenjaud, membre de l'association Virage Énergie Climat.

Les Autres Possibles : Quels sont les grands enseignements du scénario local de Virage Énergie Climat ?
Charles Esmenjaud : Selon nos calculs, on peut arriver à couvrir l’ensemble de la consommation des Pays de La Loire avec du renouvelable entre 2040 et 2050, avec des émissions de gaz à effet de serre qui s’approchent de zéro, à la condition de diviser nos besoins par deux à travers les économies d’énergie. C’est cela qu’on appelle la sobriété énergétique. Une de nos particularités locales est d’avoir une belle façade maritime ventée à l’ouest, d’où un fort potentiel éolien dans la région, à la fois sur terre et en mer, où le vent est plus fort et plus régulier. Selon nous, il faut viser un grand tiers d’éolien dans la production d’énergies locales d’ici 2050.

Faudrait-il se priver pour consommer deux fois moins ?
C. E. : Non. Consommer deux fois moins d’énergie, cela ne signifie pas se priver de la moitié de tout. On confond souvent sobriété énergétique et perte de confort. Au contraire cela signifie, par exemple, augmenter la performance énergétique de nos équipements : chauffage, électroménager, transports, etc. Du côté de nos logements, cela signifie les rénover et améliorer leurs performances thermiques, ce qui les rend plus agréables à vivre. Contrairement à ce que l’on peut penser, le plus urgent, ce n’est pas d’inventer des maisons neuves ultra écolos, même si cela reste intéressant, mais de rénover les anciennes. Bien sûr, cela dépend de la définition du confort : si c’est avoir 25°C chez soi l’hiver, alors effectivement ce n’est pas compatible avec une transition énergétique réussie.


« On confond souvent sobriété et perte de confort.« 


Pourquoi faut-il nécessairement passer par cette sobriété énergétique ?
C. E. : Les énergies renouvelables aussi ont leurs limites : on peut construire des centrales à bois, mais on ne peut pas brûler plus de bois que la forêt ne peut en fournir. Il y a un équilibre de la biomasse à respecter. Sinon, on risque de retomber dans le travers du « toujours plus », jusqu’au point critique où la ressource, même renouvelable, ne peut plus se renouveler. On ne peut pas non plus planter des éoliennes jusqu’à recouvrir entièrement les campagnes. Il faut donc apprendre à faire avec ce que l’environnement peut fournir sans provoquer de déséquilibre. Mais attention, la sobriété n’est pas une exigence propre aux énergies renouvelables. Le « toujours plus » n’est pas tenable, quelle que soit la source de l’énergie : ce sont les énergies fossiles qui ont créé le déséquilibre climatique actuel.

Le scénario local recommande 1/3 d’éolien dans la production d’énergies locales d’ici 2050.

Les énergies citoyennes ont-elles un rôle à jouer dans cette transition ?
C. E. : Oui. Dans ce domaine, les citoyens sont mêmes en avance. Le fait que leur première motivation ne soit pas financière leur ôte une barrière importante. Les industriels y vont, mais uniquement avec une exigence de rentabilité. Ces projets sont aussi la preuve que les citoyens peuvent se mobiliser bien au delà du « petit geste », qu’ils sont capables de prendre en charge les questions techniques, de financement et de sensibilisation. D’ailleurs, les pouvoirs publics réalisent qu’il faut soutenir et démultiplier ces projets. Le Danemark, où plus de 100 000 citoyens sont propriétaires de parts dans des coopératives de production d’énergie renouvelable, a fini par obliger les industries à prévoir une participation populaire.

Pourquoi avoir réalisé un scénario de la transition énergétique en Pays de la Loire, alors qu’il en existe déjà un national ?
C. E. : Parce que cette transition se joue et se décide pour une large part au niveau local. Quand on parle d’énergies renouvelables, on parle d’un réseau de parcs locaux d’éoliennes, de panneaux solaires, etc. C’est une des grandes différences avec le nucléaire, qui est une énergie très centralisée, ou avec le pétrole qui vient de l’étranger. Par ailleurs, quand on parle d’économies d’énergies et de réduction des gaz à effet de serre, on parle de nos logements, de nos transports, de notre agriculture… Bref, de notre quotidien. Notre but est de rapprocher cette problématique de la population et des élus locaux, pour encourager les changements de comportements et la prise de décision.

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Virage Énergie Climat a-t-elle participé à la rédaction de la feuille de route de la transition énergétique de Nantes Métropole votée le 7 décembre 2018 ?
C. E. : Nous avons fait deux propositions : une avec l’asso Ecopôle sur le tiers financement appliqué à la rénovation énergétique des logements. Et une autre pour définir une orientation globale vers des villes 100 % énergies renouvelables en 2050. Beaucoup de mesures sont en cours, notamment pour la rénovation thermique des habitations et le moindre usage des voitures en ville. Mais difficile d’évaluer ce qui sera réalisé à terme… De plus, pour le scénario, nous avons travaillé à l’échelle régionale et la transposition au territoire d’une grande ville n’est pas évidente.

Certains sont fatalistes face à la situation. Est-il encore temps d’agir ?
C. E. : Oui, car ce que l’on fera limitera les conséquences du changement climatique sur l’environnement et sur nos vies quotidiennes. La question est désormais : est-ce qu’on veut agir ? Et comment se mettre en mouvement collectivement pour le faire ? 

 

En complément

→ L’association Alisée informe et sensibilise sur les question d’énergie et d’environnement.
→ Le réseau Énergie citoyenne en Pays de la Loire fédère les acteurs des énergies renouvelables à dimension citoyenne dans la région.
→ La coopérative locale Cowatt vise à multiplier les installations de panneaux solaires sur les toits des particuliers.
→ Le réseau national Énergie partagée développe les installations de projets d’énergie citoyenne partout en France.

 

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