octobre 2020

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Sexualité et éducation: ma prof de bio parle de clito

Orana Trikovna

Faire enfiler une capote sur une banane à ses élèves n’est plus le summum du cool pour une prof de bio. Des profs de SVT déconstruisent l’apprentissage de la sexualité à l’école.

Par Valérie Gautier
Illustration : Orana Trikovna
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Avec sa frange coupée court sur le front, son regard rieur et son tatouage sur l’avant bras, Johanne Mozley n’a rien de l’image désuète qu’on peut se faire de la prof de bio. 35 ans, enseignante en Sciences de la vie et de la Terre depuis une dizaine d’années, c’est à elle, entre autres, qu’incombe la lourde tâche de parler de sexe aux élèves du Lycée de La Colinière, à Nantes. Seulement voilà: dans les programmes scolaires, le sujet reste bien souvent cantonné à son rôle biologique. On y parle cycle hormonal, prévention, procréation, système neuronal de récompense… Et si l’enseignant, pressé de boucler son programme, ne souhaite pas aller au-delà du cadre scientifique, il le peut. Or pour Johanne, aborder la notion de plaisir, le relationnel, les questions de genre, et détailler l’appareil sexuel « en dehors de sa fonction reproductive » est essentiel. Des approches qui sont par ailleurs prévues dans la circulaire de l’Éducation nationale, qui incite notamment à parler de « lutte contre les préjugés sexistes ou homophobes » et « des dimensions psychologiques affectives et sociales ».

Zéro pointé en anat’ !

Dans les faits, « on constate un vrai manque d’informations de la part des élèves », explique Johanne qui ajoute que « beaucoup ne sont d’ailleurs pas prêts à entendre ce qu’on a à leur dire, notamment sur les questions de genre ou d’homosexualité. » Un constat confirmé par Noëmie Dekeuwer, déléguée régionale de l’asso SIS-Animation* sur Nantes, qui anime des ateliers sur les questions de sexualité dans les classes : « On remarque qu’ils ont des bonnes connaissances en matière d’IST [Infection Sexuellement Transmissible, ndlr], mais de grosses lacunes sur des questions d’anatomie. »

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Pour déconstruire les préjugés et faire réagir, ces professionnelles misent sur les débats et le choix des mots utilisés. « Quand on parle du clitoris, je vais déjà le situer, puis le définir en tant que tissu érectile, au même titre que le sexe masculin. La notion d’érection chez la femme est assez violente pour eux. Tout comme le terme de gland, qu’on associe à tort uniquement à l’appareil génital de l’homme », raconte Johanne.

Un clitoris en 3D

C’est d’ailleurs ce clitoris qui a mis en lumière les manquements des manuels scolaires en matière d’anatomie. La professeure a eu du mal à travailler avec ces supports: « J’ai pu constater, au début de ma carrière, que l’appareil reproductif féminin n’était pas détaillé en dehors de sa fonction reproductive. Il n’y avait aucune image externe du sexe féminin. Et bien avant la question de la représentativité du clitoris, je me suis aperçue que la question des orifices posait problème. Beaucoup d’élèves, filles comme garçons, pensent qu’on fait pipi par le vagin. » Elle a donc cherché sur Internet, des dessins qui lui permettraient de transmettre correctement ses connaissances, en vain. « Et puis la polémique sur cette absence d’infos sur le clitoris est apparue et j’ai vu fleurir partout des schémas, et même un clitoris en 3D, que j’ai pu utiliser en cours, enfin ! » Dans certains établissements, dont le personnel est moins à l’aise, le plus simple reste de faire appel à des intervenants extérieurs, comme Noémie de SIS-Animation. Pour elle, d’ailleurs, l’idéal serait de commencer à parler de sexualité dès la primaire. « Non pas frontalement bien sûr, mais simplement sur des notions de consentement par exemple, d’égalité homme/ femme et de respect de l’autre. De ce côté-là, il y a beaucoup à faire et le plus tôt sera le mieux. »

*SIS : Santé Information Solidarité. L’association a depuis fermé ses portes, fin 2019.

L’info en +

L’édition 2017 du manuel de SVT Magnard était la première à représenter correctement et entièrement le clitoris.

 

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