août 2020

Le coin du web des Autres Possibles

Nouveau ! Les Autres Possibles est un magazine papier mais parfois il se décline en ligne ici. Au menu : des compléments d’infos sur nos enquêtes, des archives offertes des numéros parus ou épuisés, et, quand on le pourra, des exclusivités 100% web.    

L’asso EmpowerNantes propose de l’aide au devoir à distance pour les élèves les plus isolés

LAP #14 parentalités Lola Coudignac

Pour venir en aide à des enfants issus de familles exilées et éloignés de la scolarité pendant le confinement, l’asso nantaise EmpowerNantes a mobilisé ses bénévoles en quelques semaines autour d’une toute nouvelle mission d’aide au devoir à distance.

Propos recueillis par Marie Bertin
Publié le 28 avril 2020
——

Spécialisée dans la mise en relation de bénévoles et d’associations autour de missions ponctuelles, EmpowerNantes* s’est mobilisée pour organiser de l’aide aux devoirs pour les élèves en difficultés scolaires pendant le confinement. Le dispositif accompagne à distance 37 élèves depuis le lundi 27 avril, jour de rentrée scolaire de la zone B. Entretien avec Léa Orain, coordinatrice de l’association à Nantes.

EmpowerNantes soutient habituellement de nombreuses associations dans leurs missions. Pourquoi avoir choisi d’agir plus particulièrement sur l’aide aux devoirs pendant ce confinement ? 
Léa Orain : Au début de la crise, on s’est demandé ce que l’on pouvait faire pour aider. On a contacté beaucoup de structures pour connaître leurs besoins, mais la plupart étaient déjà bien soutenues. À titre d’exemple, le Secours Populaire nous a confié recevoir 15 mails par jour de proposition de bénévolat. Elles n’avaient donc pas besoin de nous, et c’est tant mieux ! En revanche, des associations comme Coallia, Habitat et Humanisme ou encore France Horizon, qui ont en commun d’accompagner des familles exilées, nous ont rapporté les difficultés de ces dernières à poursuivre la scolarité de leurs enfants à domicile. Il y a des parents qui n’ont eux-mêmes jamais été scolarisés. Certains ne parlent pas du tout le français. D’autres n’ont pas d’ordinateur à la maison, pas d’imprimante, ou ne parviennent pas à se connecter au serveur de l’Éducation nationale : récupérer un code d’identification peut devenir un casse-tête sans fin dans ce contexte. Là dessus, il y avait un vrai besoin : grâce à ces assos, on a identifié 37 élèves, de 6 à 16 ans, qu’il fallait aider.

Entretien anti-tabou : « L’injonction d’être un parent parfait est partout »

Comment vos bénévoles s’y prennent-ils pour faire de l’aide au devoir “à distance” ?
L.O. : Cela dépend vraiment des familles, de leur équipement informatique, du nombre d’enfants, etc. S’il y a un ordinateur et internet, il est possible de se retrouver sur une plateforme d’appels vidéo pour discuter, échanger des documents, corriger les devoirs, etc. C’est quasiment du face à face, donc c’est relativement simple. En revanche, quand les familles n’ont pas internet, c’est plus compliqué, mais pas impossible : les bénévoles et les élèves ont recours au téléphone pour s’envoyer des photos des exercices dans un premier temps, puis pour s’appeler et discuter des erreurs, lever les blocages, dans un second temps. On s’est associés à l’asso Les 2 Rives, spécialisée dans l’accompagnement à la scolarité sur le quartier des Dervallières, pour la coordination technique de cette action. Ensemble, nous avons produit un « Guide du 1er appel » pour aider les bénévoles lors de leur prise de contact avec les familles et les élèves. Il leur indique, par exemple, comment se présenter, quelles questions poser pour organiser la semaine, etc. Pour ce qui est du nombre de rendez-vous hebdomadaires, c’est vraiment selon la disponibilité des bénévoles et les besoins des élèves.

Bannière promo abonnement

Qui sont les bénévoles qui ont répondu présents pour cette mission ?  
L.O. : Dans l’ensemble, ils ne nous connaissaient pas avant. C’est le cas en général avec EmpowerNantes : beaucoup de nouveaux Nantais passent par nous pour découvrir la vie associative locale. Mis à part cela, il y a vraiment tous les profils : hommes et femmes, retraités, étudiants, actifs et personnes en recherche d’emploi, etc. Une de nos bénévoles, par exemple, est au chômage en ce moment. Elle nous a donc proposé de se rendre disponible huit heures par semaine. Elle accompagne les trois enfants d’une même famille : tous les matins, à 11h, ils s’appellent et elle passe une demi-heure avec chacun.


« Actuellement, tout va plus vite, les gens ont envie de se mobiliser. »


Pour vous cette action est une première. Comment êtes-vous parvenus à l’organiser aussi rapidement ? 
L.O. : D’habitude, on se mobilise autour de 70 actions par mois environ, que l’on commence à en préparer certaines plusieurs mois à l’avance. C’est vrai que dans ce contexte, il ne nous a fallu que deux semaines. D’abord parce que la plupart des activités sont à l’arrêt. Donc on a vraiment pu se concentrer sur l’organisation des actions à distances et cette mission d’aide aux devoirs : la mise en place des outils, l’appel aux bénévoles, les associations bénévoles – élèves selon les besoins et les disponibilités de chacun, etc. Ensuite, il faut noter qu’on n’a eu aucune difficulté à recruter les 23 bénévoles nécessaire à la mission. Bref, actuellement les choses vont vite, les gens sont réactifs et ils ont toujours envie de se mobiliser. 

Cette mission a-t-elle vocation à se poursuivre au-delà du confinement ? 
L.O. : Nous avons demandé aux bénévoles de s’engager auprès des élèves au moins pour la durée du confinement. Ensuite ce sera au cas par cas, selon les disponibilités des bénévoles et les besoins des élèves. Mais c’est une possibilité, oui. De toute façon, on le sait déjà, beaucoup seront ravis de pouvoir se voir “en vrai”. Nous-mêmes, on souhaiterait organiser un moment de rencontre. Reste à savoir si ce sera possible… 

Comment voyez-vous l’avenir à EmpowerNantes : cette crise sanitaire pourrait-elle avoir des conséquences sur le dynamisme du bénévolat ?
L.O. : Le collectif, le contact direct avec les publics et la mobilisation de bénévoles plus éloignés du monde associatif (personnes vivant avec un handicap, personnes isolées, personnes exilées, etc.) font partie de nos principes et font notre force pour l’avenir. Nous essayons d’être toujours positifs, donc nous espérons plutôt que cette crise aura un effet levier pour certains, une nouvelle envie de s’engager ou une façon de s’engager autrement. Mais nous sommes conscients qu’il faudra peut-être adapter nos façons de faire pendant plusieurs mois, en raison de l’exigence de distanciation, et peut-être imaginer de nouvelles actions. C’est pour s’y préparer que nous lançons en ce moment même un appel à « idées pour l’après ». Tout le onde peut y participer [l’appel est ouvert jusqu’au 8 mai, ndlr] et nous aider à répondre, par exemple, à ces questions : comment continuer à agir pour les personnes qui ne pourront pas se déconfiner ? Mais aussi : à quelles nouvelles problématiques va-t-on devoir répondre à l’avenir ? Le but est d’imaginer collectivement des solutions pour demain.

En complément

*Que fait l’association EmpowerNantes ?
L’objectif d’EmpowerNantes est de faciliter l’engagement citoyen. L’asso s’est spécialisée dans l’accompagnement au bénévolat ponctuel : sa plateforme Benenova, propose des missions de terrain, de quelques heures à quelques jours, auprès de différentes associations du territoire dans l’environnement et la solidarité : ramassages de déchets, tri en recyclerie, actions dans les Ehpad, collectes alimentaires, etc. Les bénévoles agissent ainsi selon leurs disponibilités et les besoins des structures. Ils découvrent plusieurs formes d’engagements, avant, pourquoi pas, de s’investir davantage pour l’une d’elles.

Infos pratiques

EmpowerNantes, 1 Rue André Gide, 44300 Nantes ; 09 82 42 80 24 ; Plateforme benenova.fr

D’autres plateformes de bénévolat :
Bénévolt.fr : missions de bénévolats adressées aux retraités (plus de 55 ans) volontaires pour mettre leurs compétences professionnels au services des associations.
Bénévolat.fr : Plateforme mise en place dans le cadre du confinement pour répondre plus particulièrement aux besoins des associations dans ce contexte. Il s’agit d’une plateforme commune à plusieurs associations spécialisées dans le bénévolat.
Co-llectif.fr : Plateforme de mise en relation entre bénévoles et personnes ayant besoin d’aide pour leurs courses de première nécessité, mise en place par des étudiants nantais (Polytech’, école de design, IMT Atlantique).
Covid19.reserve-civique.gouv.fr : plateforme gouvernementale mise en place pour faire face à la crise sanitaire. Ouverte à tous, on peut y proposer une mission ou son aide.

 

À lire aussi sur Les Autres Possibles

À Nantes, face au virus, la solidarité aussi est contagieuse

Confinement : des initiatives locales pour soutenir parents et enfants

Qui sommes-nous ?

La boutique

Les points de vente