avril 2020

Édition spéciale sur le web

Notre bimestriel local en papier se transforme en webzine local pour avril.
Jour après jour : des nouvelles fraîches des initiatives locales solidaires et durables, une sélection de nos articles à relire pour s'inspirer en ces temps de confinement,
et aussi de quoi s'aérer.

Les Petits Frères des Pauvres : “Nos bénéficiaires confinés sont en total isolement”

L’association engagée contre l’isolement des plus de 60 ans, accompagne 990 personnes dans l’Ouest. Alors que l’impératif de « rester chez soi » concerne aussi les bénévoles, l’association a dû s’organiser.

Propos recueillis par Marie Bertin
Publié le 26 mars 2020
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L’association Les Petits Frères des Pauvres, engagée contre l’isolement des personnes de plus de 60 ans sans lien familial ou amical, accompagne 990 personnes dans l’Ouest et près de 36 000 en France, grâce à des bénévoles qui leur rendent visite régulièrement. Comment s’organise-t-elle dans ce contexte où l’impératif de « rester chez soi » imposé pour lutter contre l’épidémie de coronavirus concerne aussi les bénévoles ? Les réponses de Tiphaine Pasquereau, chargée de communication Les Petits Frères des Pauvres – Région Ouest.

Qu’avez-vous ressenti, au sein de l’association, suite aux annonces mettant en place le confinement de la population en France ?
On a immédiatement eu un sentiment d’urgence, une vive inquiétude pour nos bénéficiaires qui sont déjà très isolés. Ce confinement allait les isoler totalement. Qu’ils soient chez eux ou en Ehpad, plus possible de leur rendre visite. Et nos bénévoles sont souvent les seules personnes qu’ils voient, à qui ils parlent… D’ailleurs, on l’a constaté après avoir passé quelques coups de fil, certains étaient paniqués, désorientés, en raison de l’actualité ou parce qu’elles ne comprenaient pas pourquoi elles n’avaient pas vu arriver la personne qui passe les voir habituellement. Même pour nos bénévoles, c’est dur à vivre et à accepter. Ils ont parfois le sentiment d’abandonner la personne dont ils s’occupaient. 

Avez-vous réussi à vous organiser, à maintenir ce lien malgré l’interdiction de présence ?
Les deux premiers jours étaient très décousus, on était dans le flou, mais ça y est, ça s’organise. On a fermé les locaux de Nantes et passé toute l’équipe salariée en télétravail. Puis les chargés d’équipe, dans toutes les régions, ont fait un gros travail d’adaptation en appelant tous les bénévoles pour leur demander de contacter, à leur tour, toutes les personnes accompagnées. Dans un premier temps pour leur expliquer pourquoi ils ne passeraient plus. Puis, le but est de maintenir le lien par téléphone ou par écrit, idéalement plusieurs fois par semaine, pour prendre des nouvelles durant toute la durée du confinement. Des bénévoles sont également sortis pour distribuer des attestations dans les boîtes aux lettres de nos bénéficiaires. 

Des personnes ne risquent-elles pas d’avoir besoin, malgré tout, que quelqu’un passe les voir ?
Si, c’est possible. Nous pourrions être amenés à rendre des services pour des besoins vitaux : livraison de courses ou de médicaments, préparation de repas. C’est en dernier recours, car ce n’est pas notre mission première [mission qui incombe habituellement aux aides à domiciles, livreurs, etc., ndlr], mais en l’absence d’une autre solution, on ne peut pas ignorer la détresse d’une personne. Nous sommes donc en train de faire le nécessaire pour obtenir une attestation de déplacement spéciale pour nos bénévoles. Par ailleurs, nous travaillons sur une série de questions à poser systématiquement lors de nos coups de téléphone aux bénéficiaires, comme par exemple : comment se sentent-ils physiquement ? Ont-ils mangé ces derniers jours ? Etc. 

Êtes-vous confiants pour les semaines à venir ?
Oui, il le faut. Heureusement qu’on a aujourd’hui des moyens de communication qui permettent, dans la plupart des cas, de garder un lien. Après, on perd forcément quelque chose de la relation : le regard, la voix. On ne pourra pas empêcher un plus grand sentiment de solitude, malgré tout. Il faut noter aussi que nous avons renforcé notre ligne Solitud’Ecoute, sur laquelle nous avons d’ailleurs observé une recrudescence des appels, passés de 90 à plus de 150 par jour. On a donc demandé à des salariés ou à d’anciens bénévoles de revenir car il faut une petite formation pour tenir cette ligne. Certains se sont proposés d’eux-mêmes. 

Avez-vous toute l’aide bénévole dont vous avez besoin ?
Nous avons déjà reçu beaucoup de propositions de bénévolat ponctuel à Nantes et nous avons le même retour de toutes les régions de France. Il y a un vrai élan de solidarité, et ça tombe bien. Mais nous pourrions tout de même avoir de nouveaux besoins. Dans ce cas nous avons choisi de le faire savoir en passant nos annonces sur la plateforme de la réserve civique mise en place par le gouvernement. Il faut savoir que nous refusons les propositions de la part de personnes de plus de 70 ans. Certaines se sont proposées, en nous promettant ne pas avoir peur… C’est tout à leur honneur, mais nous préférons dire non en raison des risques que représente le coronavirus pour leur santé.

Infos utiles

→ La ligne Solitud’Écoute : 0 800 47 47 88, appel gratuit, 7j/7, de 15h à 20h, réservée aux personnes isolées de plus de 50 ans.

Et aussi dans Les Autres Possibles

Dans le numéro #24 « Et l’amour dans tout ça ? », nous présentions l’activité de l’association Les Petits Frères des Pauvres, qui coordonne les visites de bénévoles auprès de personnes âgés isolées.
→ Lire d’autres articles sur les acteurs de la solidarité en période d’épidémie Covid-19

Illustration : Marion Barraud pour notre numéro #03

 

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