Retrouvez l’épisode 2 de la série
Si la famille Adam n’est pas une famille d’éco-anxieux chroniques, l’inquiétude vis-à-vis de la planète est bien là, tapie dans le creux des conversations. Du haut de ses 9 ans, Baptiste la formule ainsi : « Moi j’ai peur que la Terre explose, à un moment, parce qu’il y a trop d’essence dans l’air. Ou alors qu’il n’y ait plus que du CO2 dans l’air à cause de la pollution, et que du coup on n’arrive plus à respirer. » Voilà une entrée en matière peu enjouée, on vous le concède…
L’éco-anxiété – ou éco-inquiétude dans sa version plus modérée – concerne de plus en plus d’individus : dans une étude réalisée par l’Ifop en 2025, 80% des personnes interrogées pointent le contexte climatique et politique comme facteur de dégradation de leur santé mentale. L’Ademe, l’agence pour la transition écologique en France, a publié la même année sa première grande étude sur le sujet. Verdict : 10,5 millions de Français et Françaises ressentent de l’éco-anxiété modérée à très forte – cette dernière nécessitant un suivi psychologique. Comment se projeter vers son avenir ? Comment élever ses enfants dans ce contexte ? Comment leur donner envie, à eux aussi, de se projeter ?
Lorsqu’on amène le sujet à la famille Adam, qui habite La Chapelle-sur-Erdre depuis 2020, l’émotion est palpable. En arrivant sur la commune après avoir pris un tournant professionnel, Sandra, la mère, et Greg, le père, ont renforcé leur conscience écologique : une façon, pour eux, d’accorder leurs valeurs avec l’urgence de la situation. Ce qui a aussi ouvert la porte à une cohorte de sentiments complexes.
Sandra, 43 ans, la mère
« C’est un sujet qui génère de l’inquiétude, et surtout de la culpabilité : à la fois sur un plan personnel, avec ce sentiment de ne jamais faire assez, de vivre avec de très nombreuses injonctions qui sont irréalisables dans leur ensemble ; mais aussi à l’échelle plus globale. Je ne suis pas en colère vis-à-vis des générations passées, et je pense qu’il ne faut pas faire reposer la situation sur les épaules des générations à venir. C’est une culpabilité à l’échelle de notre génération, celle qui peut agir aujourd’hui, et qui pour partie ne le fait pas. Je ne comprends pas qu’on ne soit pas tous conscients de ça, alors même qu’il est impossible de ne pas savoir.
Je suis plutôt positive de caractère, et combattante. Donc, d’une part, on en parle avec les enfants, mais sans vouloir générer d’inquiétude ou d’anxiété chez eux. On ne leur dit pas qu’on va droit dans le mur, que la planète est fichue. J’essaie de rendre le sujet intéressant, joyeux, désirable. C’est une façon de vivre globale, je veux leur montrer que c’est chouette d’essayer de faire autrement. D’autre part, je ne veux pas trop penser aux sujets difficiles. Pas par déni, car je connais bien la situation, mais je n’ai pas envie de me dire que je n’aurai pas de petits-enfants parce que nos enfants ne pourront peut-être pas en avoir, en raison des niveaux de pollution auxquels ils sont exposés, par exemple. »



