août 2020

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Compost et organisation collective : petit tas deviendra gros !

Portée par des citoyens pionniers, la pratique du compostage se développe sur l’agglo, permettant à une nouvelle filière de s’organiser…

Par Marie Bertin
Photos : Stéphane Mahé/Les Autres Possibles  (numéro #16 « Ordure ! J’aurai ta peau ! »)
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Incinérer des déchets organiques ( épluchures, marc de café, restes de repas…) revient à brûler 90 % d’eau. Une aberration. Alors que composter l’ensemble de ces ordures-là permettrait non seulement de diminuer d’un tiers la taille des poubelles, mais aussi d’amender les sols appauvris, ou encore de limiter les dépenses énergétiques liées au transport et à l’incinération des détritus. C’est pour encourager cet te pratique que l’asso nantaise Compostri accompagne les habitants depuis 11 ans dans l’installation de composteurs collectifs de quartier. Ces caisses de bois de la taille d’une benne permettent aux riverains de vider leur seau à biodéchets une à deux fois par semaine. En un an, le tas se décompose, formant un humus frais prêt à nourrir la terre. « On s’occupe des autorisations pour placer les bacs sur l’espace public ou dans les résidences, explique Béatrice Pauthier, la directrice. Puis on forme un habitant référent qui veille aux bonnes pratiques sur place. » Notamment : remuer le tas, vérifier qu’on y met pas n’importe quoi…

J’suis l’composteur des villas

Un système quasi-autonome qui fonctionne : « À une ou deux exceptions près, on n’a jamais fermé un site. » Si l’habitude s’installe rapidement, c’est notamment parce que « le biodéchet bénéficie d’une image différente des autres déchets, analyse Juliette Dèche, étudiante en thèse de sociologie sur l’adoption de la pratique du compostage de proximité, à Nantes. Le compost est le seul que l’on tolère près de nous : il est considéré comme moins abject puisqu’il va recréer du vivant. Il comporte aussi un aspect social: les gens se retrouvent autour du composteur. Enfin, il réintroduit une pratique de campagne en ville. Ça plaît. »


« Nous, ça fait trois ans qu’on teste ! Quand est-ce qu’on passe à la suite ? »


Passion putréfaction

Compostri comptabilise à ce jour 200 composteurs utilisés par environ 2500 foyers sur la métropole. « Mais sur un bassin de 600 000 personnes, la pratique reste marginale », tempère la sociologue. Dans leurs « 33 engagements pour la transition énergétique », les élus locaux prévoient pour tant qu’en 2025 « chaque habitant bénéficie d’un composteur à 500 mètres maximum de chez lui ». Pour coller à l’objectif, pas le choix, la collectivité accélère la cadence. « Jusqu’à présent, on finançait l’installation de 25 composteurs par an, on passe à 40 cette année », explique Sophie Adam, responsable du service prévention déchets de Nantes Métropole. Face à cette intensification, une question : que faire de tout ce compost ? « Pour des raisons sanitaires, la règle c’est : ne peut utiliser le compost que l’utilisateur du composteur. Sinon, le produit doit être mis aux normes environnementales, c’est-à-dire contrôlé par un organisme agréé, ce qui coûte très cher », explique Béatrice Pauthier, de Compostri. « Heureusement, les choses évoluent . En avril, un arrêté a justement assoupli ces règles d’utilisation. » Désormais il est possible de distribuer le compost non seulement aux usagers, mais aussi à leurs voisins, aux jardins partagés ou encore au service espaces verts. En revanche, l’épandage sur des terrains accueillant des animaux d’élevage reste strictement interdit . « Il y a une logique de traçabilité qu’on peut comprendre », poursuit Béatrice Pauthier.

En attendant que le cadre se précise, les assos s’arrangent. « Comme on ne peut pas revendre un compost qui n’a pas été normé, les agriculteurs reçoivent cet engrais naturel gratuitement, en tant qu’adhérents », rapporte Pascal Retière, cofondateur de la SCIC Compost In Situ. Créée en 2014, cette dernière organise le compostage à plus grande échelle des déchets d’établissements professionnels (écoles, usines agroalimentaires ou supermarchés). « Or, dans ces cas-là, il y a trop de matière pour le récolter ou le remuer à la fourche. »


« Deux débouchés : nourrir le sol ou produire du méthane. »


Prière pour une redevance

Compost In Situ collecte des bacs de 500 litres acheminés sur sa plateforme à Treillières. Ce sont les établissements «producteurs de déchets» qui rémunèrent l’entreprise, entre 35 et 50€ le bac. Une économie encore fragile que partage La Tricyclerie. Cette association récolte en vélo-remorque les biodéchets des restaurants ou des cantines d’entreprises, pour les acheminer vers des composteurs de proximité. Le projet a fait parler de lui dans le monde entier. « Une soixantaine de villes nous ont contactés pour imiter le concept », rapporte la cofondatrice Coline Billon, 30 ans à peine. Elle tempère aussitôt : « Mais ça ne durera pas si on ne devient pas rapidement rentable. On a trois salariés et une trentaine de bénévoles pour 40 lieux de collecte. On tient difficilement grâce aux adhésions et aux aides. Le discours de la Ville de Nantes est tourné vers l’économie circulaire et l’expérimentation. Mais nous ça fait trois ans qu’on expérimente ! Quand est-ce qu’on passe à la suite ?»

Le compostage est un processus de transformation des déchets organiques en un produit comparable au terreau : le compost.

En moyenne, dans nos poubelles on trouve 29 % de déchets putrescibles, 25 % de papier et carton, 11 % de plastiques. Le reste : métaux, verre et divers.


Team gaz et team engrais

Pour l’enlèvement de leurs biodéchets, les lieux adhérents payent également entre 40 et 100€ par mois. « Pour eux, c’est juste de l’engagement. Ils n’ont aucun intérêt économique à le faire puisqu’ils payent quand même, en parallèle, la taxe d’ordures ménagères. » Une solution ? L’incitation fiscale, par exemple, sous forme d’une redevance proportionnée à la taille globale des poubelles des entreprises. La ville de Lorient le fait, y compris pour les particuliers, depuis 2013. « Il existe bien une redevance spéciale sur la Métropole, mais uniquement pour les pro utilisant le service public au-delà de 1 020 litres par semaine, répond Sophie Adam. C’est vrai que ça ne concerne pas les petits. C’est un choix. » Si ces structures se battent pour pérenniser leurs modèles, c’est que le temps presse : en 2025, la loi européenne imposera la collecte séparée des biodéchets aux collectivités. Avec l’enjeu du débouché. « Pour nous, le compost doit retourner à la terre, le plus près possible de son lieu de production », plaide Pascal Retière. Or, il y a une autre option : la méthanisation. Ce processus de putréfaction produit un biogaz valorisable, notamment, en électricité. « Des industriels proposent donc de collecter les biodéchets pour produire du méthane, poursuit le fondateur de Compost In Situ. Personnellement , je trouve dommage de dimensionner des usines voraces qu’il faudra massivement alimenter, en faisant parfois venir les biodéchets de loin… Si l’objectif est bien de réduire nos pertes énergétiques. » Du côté de Nantes Métropole, on ne souhaite pas encore s’exprimer sur l’organisation de cette collecte séparée et ses débouchés. « C’est tout simplement beaucoup trop tôt pour savoir ce qu’il en sera », conclut la responsable.

Le composteur collectif de la Maison Radieuse, à Rezé (44), est le premier installé par Compostri en 2007.

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