septembre 2020

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Chéri j’ai acheté le supermarché ! Retour sur le lancement du magasin coopératif Scopéli à Rezé, près de Nantes

En 2016, avant son ouverture, les membres de Scopéli revenaient sur la multiplication des supermarchés coopératifs (La Louve à Paris, La Cagette à Montpellier…) en France. Un modèle qui prête à discussion.

Par Marie Bertin
Photo : En avril 2019, le supermarché coopératif Scopéli, à Rezé, est géré par des centaines de coopérateurs. (Stéphane Mahé/Les Autres Possibles)
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Connaissez-vous la Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New-York ? Là-bas, les Américains l’appellent « le supermarché socialiste ». Ce magasin alimentaire coopératif, né dans les années 70, appartient aux 16 000 personnes qui y font leurs courses. L’originalité : chacune a l’obligation de donner trois heures de son temps chaque mois pour faire tourner la boutique. Caisse, mise en rayon, relation fournisseurs, ménage, gestion des plannings… La quasi-totalité des tâches est assurée à l’occasion de ces vacations, que l’on s’impose en adhérant. La mécanique est bien rodée. Vous ratez une vacation ? Vous en devez deux. En contrepartie : des produits de 20 à 40 % moins chers que dans les grandes enseignes (notamment grâce à la quasi suppression du coût de la main-d’oeuvre), respectueux des producteurs et majoritairement bio et locaux. Un ovni au pays du capitalisme qui affiche, comme un pied de nez, des records de rentabilité: il s’agirait du supermarché le plus performant des États-Unis si l’on ramène son chiffre d’affaires au nombre de mètres carrés.


« Le défi : réunir en amont au moins 2 000 adhérents prêts à s’investir pour bâtir un nouveau supermarché éthique »


L’essentiel : la participation

C’est le modèle dont s’inspire une dizaine de projets actuellement dans les cartons en France, dont Scopéli à Nantes. « On espère ouvrir fin 2017, mais avant, on doit réunir au moins 2000 adhérents prêts à donner réellement de leur temps, explique Frédéric Ratouit, membre de Scopéli. C’est un des plus grands défis de ce type de projet mais c’est aussi la force de ce modèle. Cela permet de résoudre des problèmes qu’on ne peut pas régler ailleurs, car trop coûteux. » On le voit dans le récent documentaire Food Coop de Tom Boothe, consacré à la coop’ de Brooklyn : certains membres emploient leurs trois heures uniquement à raccompagner chez eux les coopérateurs les plus chargés après leurs courses. Du jamais vu en grandes surfaces.

Coopérative : entreprise démocratique fondée sur le principe « une personne, une voix ». Ses membres décident de l’utilisation des profits. (Stéphane Mahé/Les Autres Possibles)

Mais le système de Scopéli et consorts fait aussi grincer quelques dents. Certains y voient du travail dissimulé. Pas pour Tom Boothe. Le réalisateur, également co-fondateur de La Louve (le projet parisien) répond : « Aux États-Unis cette question ne se posait pas. Pour adapter le modèle à la France, nous avons travaillé sur la question. Il ressort que c’est exactement comme dans une crèche parentale. Il n’y a pas de prestation, pas de rémunération, et surtout pas de lien de subordination. À tout moment, sans préavis, vous pouvez quitter la coop’. » Delphine Saliou habite Basse-Goulaine, elle a adhéré à Scopéli en septembre dernier après avoir repéré le projet sur les réseaux sociaux: « Pour moi, donner trois heures par mois c’est de l’entraide. Je le vois comme la garantie que tout le monde participera et donc que ça marchera. »

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Vers une gestion horizontale

À Scopéli, chacun est également invité à prendre part aux décisions, via les différentes commissions (supermarché, produits/fournisseurs, zéro déchet…) et via le vote en assemblée générale tous les deux mois. « Nous voulons enclencher des modes de gouvernance différents, les plus horizontaux possibles », insiste Frédéric Ratouit. Delphine Saliou le concède : « Même si l’idée me plaît, je ne sais pas si je pourrais aller, en plus des trois heures, aux commissions et aux assemblées générales. » Scopéli fait bouger les lignes. Mais la coopération entre consommateurs, en soi, n’est pas nouvelle dans la région. Les cinq magasins d’alimentation bio de l’agglomération Chlorophylle sont constitués en coopérative depuis 1985. Là, en revanche, ni vacation, ni groupe de travail, et on ne cache pas à propos de Scopéli, un certain scepticisme. Cédric Cadoret est le directeur délégué à la conduite de l’entreprise : « Au départ à Chlorophylle, il y avait aussi des coopérateurs qui travaillaient bénévolement au tri et à la mise en rayon, notamment. Mais l’alimentation, c’est un métier avec des normes strictes et finalement, nous avons fait le choix du professionnalisme… Et de l’emploi ! Ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas dans l’esprit de la coopérative. 10% des bénéfices de Chlorophylle sont redistribués à parts égales entre les 65 salariés. Tout le reste est réinvesti. » Quant au fonctionnement démocratique, « nous avons toujours un Conseil d’Administration de 8 bénévoles qui participent aux choix des grandes orientations stratégiques. Mais au quotidien, il faut des prises de décision rapide. » Deux discours, deux coop’…

En attendant de trouver leurs locaux, les bénévoles du projet de supermarché coopératif Scopéli se réunissaient chez les uns ou chez les autres (Stéphane Mahé/Les Autres Possibles)

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Le Micromarché d’Écos s’y met

Et bientôt, une troisième : le Micromarché de l’association Écos. Le terme “micromarché” désigne jusqu’à présent trois points de vente relais, répartis dans différents quartiers, où les adhérents viennent chercher des paniers de produits précommandés sur place ou en ligne. Mais la structure est en passe de rejoindre la famille des coopératives, à sa manière. « Selon moi, l’intérêt de la coopérative est de répartir le pouvoir entre ses membres. Donc la question de “l’entre qui” est importante, explique François Poisbeau, chargé du projet à Écos. » Cette répartition peut être entre consommateurs, entre distributeurs, ou encore entre producteurs… Et pourquoi pas, entre tous à la fois ? « C’est l’idée, à terme, du Micromarché. Rassembler l’ensemble des maillons de la chaîne alimentaire : producteurs, distributeurs, et consommateurs au sein d’une même coop, poursuit le jeune homme. De cette façon, chacun a voix au chapitre et les intérêts des uns ne prennent pas le dessus sur ceux des autres. » Écos pourrait donc ouvrir une nouvelle voie coopérative sur Nantes, expérimentée à ce jour par très peu de structures en France. « Une fois constitués en coop’ nous ouvrirons un nouveau lieu sur Nantes : une grande épicerie- bar-restaurant, qui jouera un rôle central dans le projet », annonce Fanny Courieult, chargée de projet écologie urbaine à Écos. L’association a déjà trouvé les locaux et espère une ouverture au printemps 2017.

 

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