“J’aime bien me définir comme peintre numérique” | Les Autres Possibles

“J’aime bien me définir comme peintre numérique”

Paul d’Orlando, illustrateur du numéro 32

Chaque numéro des Autres Possibles est illustré par un artiste nantais différent. L’occasion de découvrir le travail des graphistes, illustrateur·rices et peintres locaux, mais aussi d’en apprendre plus sur leurs parcours et leurs inspirations dans une interview publiée ici, lors de la sortie de chaque nouveau numéro.

Publié le 25 juin 2021
Par Marie Bertin
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Paul d’Orlando est à la fois illustrateur, sérigraphe, sculpteur… Et c’est arrivé un peu par hasard, en sautant d’une école de communication parisienne à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Depuis, il slalome entre les villes, les techniques et les formes, avec un outil central dans son travail, l’ordinateur, et une même envie : créer une œuvre ludique, jouer de l’art, comme on “joue de la musique” pour capter l’attention de ses spectateurs. Il vient de rejoindre le tout jeune atelier Projéta, installé rue de Coulmiers, à Nantes, et il a réalisé l’illustration du numéro #32 des Autres Possibles

Tu travailles souvent à l’ordinateur pour donner un aspect bien particulier à tes images, quel intérêt trouves-tu à cette technique ?

P.d’O. : Ce que je fais à l’ordinateur, j’appelle ça du RAD, pour “Radical”, mais aussi pour le sens du mot en anglais : “génial”, “chan-mé”… En fait, je me sers de l’ordinateur pour rendre mes images pétillantes, brutales et poétiques. Mon but est de stimuler l’œil du spectateur, l’intriguer, pour l’amener à regarder.

Ce que je trouve aussi particulièrement intéressant là-dedans, c’est le fait de fabriquer une image complètement virtuelle, puis de l’imprimer pour la passer dans le réel, et d’assumer ça tel quel. Souvent, on essaye de camoufler ce qui a été fait à l’ordinateur, comme si c’était honteux, alors qu’au contraire, je cherche à le mettre en valeur. J’aime bien me définir comme peintre numérique.

Oeuvre réalisée par Paul d’Orlando

Tu n’es pas seulement “peintre numérique”, peux-tu nous présenter les autres aspects de ton travail ?

P.d’O. : Je produis aussi des images à la main, souvent quand je veux entrer un peu plus dans le détail, pour représenter des grandes scènes avec beaucoup de personnages et d’éléments, un peu à la façon “Où est charlie ?”. J’ai déjà réalisé des jeux pour le magazine Novland, des livres pour enfants, ou des objets, comme des mobiles pour bébé…

Je fais aussi des sortes de journaux intimes que je mets sur internet, où je me traduis en image. J’ai fait notamment un journal par confinement, donc trois en tout, à raison de 3 cases par jour. C’est une façon de partager mon ressenti sur notre société, ce qui s’y passe.

 

Toute une partie de ton travail semble tournée vers l’enfance… 

P.d’O. : C’est vrai. C’est peut-être parce que les enfants regardent les images plus longtemps que les adultes… Tout ce que je fais, c’est souvent avec pour but d’amener les gens à regarder le plus longtemps possible mon travail. Parce qu’à un moment donné, j’ai trouvé un peu injuste de passer autant de temps à créer une image, pour qu’on ne la regarde que 3 secondes… D’où mes séries dans le style “Où est Charlie”, qui est aussi une astuce pour obliger les gens à les regarder !

Puisqu’on vit dans un monde d’images, qu’il y en a partout, tout le temps, si tu veux que les tiennes se remarquent, il faut trouver des trucs : le brutal du RAD, c’est aussi dans ce but. Ou encore le monumental, comme mon Oripeau affiché sur le Bunker à Nantes en 2021. Mon but c’est d’intéresser. Et aussi de m’amuser : je travaille toujours comme si c’était un jeu. Quoi que je fasse, même si je réponds à une commande, ça ne peut pas être que de l’application stricte. On joue de la musique, on joue du théâtre, pourquoi on ne jouerait pas le dessin, l’image ? Le jeu, l’amusement, c’est important pour moi.  

Oeuvre réalisée par Paul d’Orlando

 

Travailler avec Les Autres Possibles sur un sujet aussi sérieux que le réchauffement climatique n’a pas été un trop grand sacrifice ? 

P.d’O. : Non, j’aime bien faire de nouvelles choses, et le sujet me touche… et m’inquiète. À vrai dire, les ambiances de catastrophes me parlent aussi. Je pense que ça se voit dans certaines de mes images. Et puis cette collaboration m’a permis de faire fusionner différentes techniques : j’ai travaillé à l’ordinateur avec ce côté RAD, tout en ajoutant du détail, du figuratif, ce que je ne fais pas habituellement dans mes illustrations à l’ordinateur. 

Illustration réalisée par Paul d’Orlando pour le numéro #32 des Autres Possibles

 

Peux-tu nous parler un peu du tout nouvel Atelier Projéta que tu rejoins ici à Nantes, et que tu as participé à monter ?

P.d’O. : C’est un projet fondé entre amis, qui sera à la fois notre espace de travail avec un coin bureau et différents pôles – sérigraphie, atelier bois, espace gravure – mais aussi un atelier d’édition avec pour objectif de réunir tous ceux qui aiment les livres : on pourra d’ailleurs y réaliser un livre de A à Z.

En le rejoignant, je vais pouvoir être à 100% sur ma pratique artistique, et en vivre, ou en tous cas mettre toutes les chances de mon côté pour ça. Bref, mener la vie d’artiste ! Je vais également pouvoir accueillir d’autres artistes et du public car le lieu se veut aussi un espace d’expositions, de résidences et d’ateliers ouverts à tous. 

Illustration réalisée par Paul d’Orlando pour le numéro #32 des Autres Possibles

Le parcours de Paul, en bref → 

Après son bac, Paul fait un passage éclair de 3 mois dans une école de com’ parisienne.

Il la quitte bien vite pour rejoindre la section illustration de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, avant de s’y faire embaucher comme moniteur de sérigraphie durant 1 an.

Son diplôme d’illustration et cette expérience en poche, il se lance, notamment en résidence à Colomiers, ville engagée pour les arts visuels près de Bruxelles. Parallèlement, il commence à gagner sa vie comme professeur d’art plastique : une activité qu’il abandonne en 2021, à 31 ans, pour se consacrer à la vie d’artiste et au tout jeune atelier Projéta, installé rue de Coulmiers, à Nantes.

 

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