Près de Redon, ils rendent une friche industrielle à la nature | Les Autres Possibles
avril 2021

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Près de Redon, ils rendent une friche industrielle à la nature

friche industrielle transformation Redon

À Saint-Nicolas-de-Redon, au nord du département, l’asso Les Amis du Transformateur accompagne le retour à la nature d’une friche industrielle de 17 hectares.

2 avril 2021
Par Marine Forestier
Photographie : Stéphane Mahé pour Les Autres Possibles
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Sous une lumière d’automne, les immenses charpentes d’acier rougies par le temps se marient parfaitement aux feuilles des arbres. À Saint-Nicolas-de-Redon, sur le site du Transformateur, les humains et la nature travaillent de pair pour que la végétation reprenne ses droits sur le béton. De la scierie et de l’usine de construction de palettes en fonctionnement dans les années 80, il ne reste que ces grandes structures métalliques et quelques bâtiments. Le vestige le plus visible : une grande dalle d’enrobé de béton d’environ sept hectares, que le temps est par venu à fendre : «Parfois, on y voit des orchidées», raconte Anne -Marie Moutault, retraitée et présidente des Amis du Transformateur.

« Le vestige le plus visible : une dalle de sept hectares. »

LES BOULEAUX AU BOULOT

Après d’importantes inondations dans les années 90 et 2000, toute activité industrielle cesse sur le site et ses 17 hectares sont classés Espace naturel sensible par le département. «Pour conserver l’activité, il aurait fallu construire des digues coûteuses : un non-sens.» En 2005, l’association Les Amis du Transformateur propose d’accompagner son retour à l’état naturel, sans que cela n’empêche l’écoulement des crues de la Vilaine, qui coule à quelques dizaines de mètres. «Le bâti le plus ancien a été protégé. Pour le reste, c’est la nature qui a la priorité». La centaine d’adhérents de l’association applique ici les principes d’une gestion douce et économe. La mutation est lente et perpétuelle, et l’adage d’Antoine Lavoisier règne :«Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Seuls les matériaux polluants ont été évacués, les autres «trouvent une nouvelle valeur», explique Anne-Marie Moutault. Des matériaux inertes − poteaux électriques, morceaux de béton, gravats, etc − ont ainsi servi à construire des digues pour protéger les habitants voisins des inondations. À l’entrée du site, ils sont venus combler un ancien vestiaire ouvrier. Recouverts de terre, ils servent désormais de point d’attache à un bel érable sycomore. Plus loin, la dalle a été arrachée pour réaliser une muraille de bitume, qui ceint une petite forêt d’acacias, de bouleaux, de peupliers et de chênes, et empêche les vaches d’y entrer. Ailleurs, les bovins pâturent librement au milieu des ruines : une véritable «cohabitation», selon les mots d’Anne-Marie. «On ne veut pas séparer les espaces. On réapprend à traverser un troupeau. Il faut retrouver notre lien avec les autres espèces vivantes. On n’a pas besoin de les parquer». Ce principe de partage, on le retrouve dans les activités organisées par les Amis du Transformateur : vannerie, apiculture, élevage… Le lieu sert aussi à la réappropriation des savoir-faire et accueille environ 400 visiteurs par an.

TRANSFORMACHU PICCHU

Alors que la ville est à deux pas, on entend les oiseaux piailler dans une ambiance paisible. Au fond du Transfo, une bande boisée offre un aperçu de ce que pourrait devenir le reste du site dans quelques années : d’anciens remblais recouverts de végétation ont créé un jardin bosselé, bordé de haies plessées, c’est-à-dire tressées selon une méthode paysanne ancestrale. «Il restera toujours des traces de l’activité humaine, comme dans la forêt amazonienne, avec les temples Incas», estime Anne-Marie. Cette ancienne salariée de l’action sociale est venue au Transformateur il y a quelques années pour apprendre «à redonner de la vie ici, pour la flore, la faune, pour nous-mêmes. C’est une grande leçon d’humilité. Même si on l’a malmenée, la nature peut nous aider. À condition de ne pas intervenir violemment».

 

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