À Blain, les lycéennes enquêtent (et dessinent) sur l'hypersexualisation de TikTok et Instagram | Les Autres Possibles

À Blain, les lycéennes enquêtent (et dessinent) sur l’hypersexualisation de TikTok et Instagram

Quand Instagram et TikTok véhiculent massivement des contenus hypersexualisés, difficile de résister pour des ados accros à ces réseaux sociaux.


Dans le cadre d’un projet d’éducation aux médias mené par Les Autres Possibles, entre avril et juin 2021, en partenariat avec le CSC Tempo à Blain, plusieurs élèves du lycée Camille Claudel ont enquêté sur les discriminations de genre.  Afin de mettre en lumière le travail des jeunes, l’équipe des Autres Possibles a choisi de publier cet article parmi ses autres contenus journalistiques. L’intégralité des articles des jeunes est disponible sur leur blog  Aux armes lycéen·nes !


Un article écrit en juin 2021, par Ella et Enora, lycéennes à Blain, avec l’aide du magazine Les Autres Possibles. Illustrations réalisées par Ella Bolikowski-Lohr
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L’hypersexualisation, c’est quoi ? Le terme ne vous dit peut-être rien mais ce phénomène prend pourtant de l’ampleur dans notre société. Pour le comprendre, il suffit d’un moteur de recherche et de quelques clics : cherchez des images pour le mot « écolier » puis pour le mot « écolière ».

Entre les deux résultats, la différence saute aux yeux. D’un côté, des dessins naïfs d’enfant allant à l’école et de l’autre des déguisements à connotation sexuelle voire pornographique. Et tout ça, simplement en ajoutant un « e » à la fin du mot. L’hypersexualisation, c’est rendre sexuel quelque chose qui ne l’est pas. Cela peut être une attitude, un contexte, une tenue, un acte, un corps, ou encore une personne. Ce phénomène courant dans les médias est particulièrement présent sur les réseaux sociaux TikTok et Instagram.

Hypersexualisation précoce

Pas besoin de vous présenter TikTok. Le réseau social préféré des ados compte aujourd’hui 689 millions d’utilisateurs actifs dont 11 millions en France. Certains sont très jeunes. Pour s’inscrire, il faut avoir minimum 13 ans, « mais ça c’est jamais respecté », selon un lycéen.

Dans les « pour toi », une proposition de l’algorithme de TikTok de vidéos personnalisées, un utilisateur retrouve plus de trends (courtes vidéos tendances) sexualisées que de trends soft. « J’ai l’impression qu’il n’y a plus que ça »,  explique Mathieu, un lycéen, « après si tu t’assumes, pourquoi pas ? »

Les enfants ne sont pas capables de saisir le fond de certaines tendances. Ce qui les amène à reproduire certaines trends sexualisées comme le #wapchallenge ou encore le #buggsbunnychallenge. « Quand t’as 12 ans et que tu refais une trend comme le buggsbunny c’est chaud », affirme Salomé, une élève de notre lycée.

TikTok est donc devenu un repère idéal pour les prédateurs sexuels et les pédophiles. Ils peuvent récupérer des contenus hypersexualisés pour les diffuser ensuite sur des sites pornographiques tout en complimentant leurs jeunes auteurs et en les incitant à continuer. C’est ce que dénonce plusieurs youtubeurs, notamment Le Roi des Rats dans sa vidéo “Le plus grand problème de Tik Tok : l’hypersexualisation.”

Le corps qui prime sur la personnalité

Sur Instagram, la photo prime sur la vidéo, il n’est donc plus vraiment question de danse lascive ou de challenge inapproprié, mais plutôt de photos qui prônent le culte du corps parfait. « Sur Insta, il va y avoir Photoshop », affirme Bleuenne, une autre lycéenne de notre lycée.

Point commun entre TikTok et Instagram : la mise en valeur du physique. « Sur TikTok ils montrent de ouf leur corps », remarque Mathieu. Cette valorisation du corps par la réalisation de trends sexualisés a pour but de plaire aux autres. « Tu ne fais pas cette trend là si tu ne veux pas des vues. Tu ne vas pas le faire pour toi et le garder pour toi », affirme le jeune lycéen. Malheureusement, beaucoup le font pour suivre le mouvement de la société, peut-être pour se sentir plus accepté et faire comme tout le monde. « On fait les moutons », confie Salomé.

Qu’est-ce qui pousse à faire ça ?

Gagner des followers, recevoir des likes et des commentaires plaisants est plus facile en montrant son corps qu’en mettant en avant sa personnalité, ses passions ou ses talents. Une personne publiant un contenu intéressant sera tentée de choisir le chemin le plus court pour accéder à la popularité en postant des photos de son corps.

De plus en plus de femmes adoptent les codes du réseau social : liker des photos de célébrités dénudées, reproduire ces photos en espérant gagner en popularité et en confiance en soi ; recevoir des commentaires élogieux sur son corps. Mais la démarche a des effets pervers. La confiance acquise peut vite s’effriter à la vue d’autres courbes encore plus inatteignables. De quoi pousser certains à vouloir changer d’apparence. Selon un article du Parisien, les 18-34 ans font désormais plus de chirurgie esthétique que les 50-60 ans.

Les relations entre hommes et femmes impactées

Sur TikTok, des jeunes femmes inscrivent #forthemen ou #fortheboy (« pour les hommes ») dans la description de leurs vidéos.  Des mots-clés qui indiquent clairement le public visé. Ces vidéos sexualisées altèrent l’image de la femme, selon Salomé :  « Il y a certaines trends qui peuvent être dégradantes », affirme la lycéenne. Instagram aussi a son lot de comptes à connotation sexuelle. Durant le premier confinement, AD Laurent, un influenceur issu de la télé-réalité, a animé des lives chaque soir où il faisait danser des jeunes femmes en petites tenues. Un exemple d’hypersexualisation sanctionné par la plateforme. En mai 2020,  le compte d’AD Laurent a été bloqué par Instagram. ♦

Cet article a été écrit par deux lycéennes dans le cadre d’ateliers d’éducation aux médias avec le CSC Tempo de Blain.
→ Pour découvrir le blog Aux armes lycéen·nes ! 

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