août 2020

Le coin du web des Autres Possibles

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Ces jeunes citadins qui ont fait péter le champêtre

Déjà avant le confinement, plus de la moitié des urbains disaient vouloir s’installer à la campagne… Comme l’ont fait les membres du collectif Hors La Loire, pour aller réveiller un hameau endormi du vignoble nantais.

Par Marie Roy
Photo : À l’été 2019, Hors La Loire a proposé une halte conviviale aux touristes de la Loire à vélo.  (Stéphane Mahé/Les Autres Possibles)
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Pour arriver jusqu’à La Bridonnière depuis Nantes, il faut sortir du périph’ par la porte du vignoble, longer la route des bords de Loire sur 25 kilomètres jusqu’au village de La Varenne, et descendre le coteau sur la gauche. Là, se trouve le hameau : une dizaine de maisons en bord de Loire, dont les habitants sont les douze membres du collectif baptisé Hors La Loire. « Nous nous sommes tous rencontrés à Tours pendant nos études, nous étions amis et venions d’horizons divers [éducatrice spécialisée, institutrice, infirmière, ingénieur du son, charpentier, etc. ndlr]. On parlait régulièrement de s’installer ensemble, un jour, à la campagne », se souvient Emilie Le Gouriellec, 34 ans, membre du collectif. « Dans les villes, tout est centré autour de la consommation, enchaîne Chloé Bonneau, une autre habitante. Dès que tu veux faire quelque chose, il faut sortir le portefeuille. Moi j’ai fini par le vivre comme quelque chose d’étouffant. » Quitter la ville… L’envie serait partagée par de plus en plus de Français. D’après une enquête Ifop de mai 2019, 57 % des urbains souhaitent retourner vivre à la campagne, il sont 65 % chez les moins de 35 ans. « On cherche des solutions pour être moins dépendants de l’achat, poursuit Chloé. Faire ses légumes, avoir ses poules, etc. »


« Depuis la fermeture du dernier café, il n’y avait plus de lieu de rassemblement. »


La bringuette ouverte

Alors, quand l’occasion se présente de louer une partie du hameau de La Bridonnière en 2016, la bande de copains se lance. Objectif : investir les lieux, promouvoir un mode de vie « basé sur l’écoresponsabilité, l’échange, l’autogestion et la culture», mais aussi redynamiser La Varenne et proposer des événements au public. Un vrai défi, quand on n’est pas du coin. « Au début, on ne connaissait pas grand monde », explique Nicolas Gonzalez, résidant. « On ne voulait pas être une communauté qui vit enfermée sur elle-même, complète Chloé. Or à La Varenne, depuis la fermeture du dernier café, il n’y avait plus de lieux de rassemblement. » Désormais, il y a Hors La Loire. Constitué en association sans subvention, le collectif s’est retroussé les manches pour organiser des après-midi jeux, des concerts, des ateliers et des guinguettes estivales, toujours en invitant les locaux à les rejoindre. Sans oublier les Bringuettes : un événement conçu en lien avec le circuit touristique de la Loire à vélo. « On a l’impression qu’il ne se passe rien à la campagne, mais c’est faux ! », conclut Chloé dans un sourire.

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57 % des urbains souhaitent vivre à la campagne. (Stéphane Mahé/Les Autres Possibles)

Le nerf de la terre

Pour soutenir financièrement son projet, le collectif la joue… collectif. La moitié des douze trentenaires est salariée, l’autre moitié s’appuie sur le chômage ou le RSA : « Tout le monde met une partie de son revenu en commun, à hauteur de ce qu’il peut. Ça paye le loyer, les dépenses de notre voiture commune et la nourriture. Cela équivaut à environ 2 500 à 3 000 € par mois ». Hors la Loire tire aussi des revenus de ses activités proposées, la plupart à prix libre. En trois ans le groupe a, entre autres, mis en place un troupeau d’écopâturage, une microferme et monté un service de traiteur. Pour vivre pleinement son rêve, le collectif n’attend plus que de pouvoir acquérir au moins une partie du hameau, d’ici deux ans. « Développer nos projets, nos événements, et acheter des bâtiments sont liés, explique Émilie. Car il est plus compliqué d’organiser les choses à long terme en tant que simple locataire… » ♦

 

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