octobre 2020

Le coin du web des Autres Possibles

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Après avoir collecté nos fringues usées, que fait Le Relais ?

Le Relais Atlantique (Stéphane Mahé/Les AutresPossibles)

Jeans troués, draps déchirés, T-shirt trop petit… À Couëron, le Relais Atlantique donne une nouvelle vie au textile en récupérant la matière première. Entre recyclage, revente ou exportation de nos vêtements, la filière se bat pour trouver un équilibre.

Par Alexis Bédu
Photo : Le Relais de Loire-Atlantique compte 146 salariés, dont 97 travaillent au centre de tri, à Couëron. (Stéphane Mahé/Les Autres Possibles)
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Attention ! Soucieux de préserver la santé de ses collaborateurs et de respecter les mesures gouvernementales, le Relais a cessé toute activité de collecte et de tri depuis mardi 17 mars 2020 jusqu’à nouvel ordre. Ils recommandent de garder chez vous vos sacs fermés jusqu’à la reprise de la collecte.
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Ce sont des conteneurs en fer blancs postés le long des routes et sur les parkings par l’entreprise d’insertion le Relais, partout en France. Pas très esthétiques, mais reconnaissables et efficaces : les 650 bennes installées en Loire-Atlantique collectent chaque année près de 6 500 tonnes de vêtements. C’est dix fois plus qu’à leurs débuts, en 1994. « Cette augmentation est liée à la multiplication des collections de vêtements dans les magasins, avec une incitation à l’achat très forte, analyse Philippe La Forge, directeur du Relais 44. Dans le même temps on observe une baisse de la qualité : on réduit les épaisseurs de tissu pour vendre moins cher. Résultat : le vêtement s’use plus vite et devient quasiment jetable ». La totalité de la collecte est réceptionnée au centre de tri de l’entreprise, à Couëron. 5 % sera revendue dans les friperies locales du Relais, 55 % sera exportée, à 50 centimes le kilo, notamment en Afrique. Le reste sera recyclé : 25 % en matières premières, 10 % en chiffons. 5 % sera brûlé pour produire de l’énergie.


« À un centime le kilo d’effiloche, le recyclage n’est pas encore rentable »


6 500 tonnes de tissu sont triées chaque année en Loire-Atlantique. (Stéphane Mahé/Les Autres Possibles)

Détricoti détricota

Toute la journée donc, au centre de tri, on met en charpie une bonne partie de la collecte – du collant troué au pull mité – pour en récupérer la matière première. Le coton des jeans, par exemple, sert d’isolant acoustique dans les voitures et les habitations. Sur d’autres pièces, on récupère le fil : un pull en laine, une fois défibré et détissé, formera une nouvelle pelote. « Ça donne une deuxième chance au vêtement en fin de vie. Sans l’effilochage, ça serait juste un déchet », poursuit Philippe La Forge. Autre intérêt : fabriquer un jean avec du fil récupéré permet d’économiser l’eau nécessaire à la production du coton et du pantalon : 10 000 litres en moyenne, pour un seul jean. Même si, «on ne peut pas tisser uniquement dans du fil recyclé, il faudra toujours y ajouter de la fibre neuve pour la solidité. Un vêtement en fibre recyclée a donc un coût plus élevé qu’un vêtement réalisé avec un coton bas de gamme. » À un centime d’euro le kilo d’effiloche, cette activité n’est pas rentable pour le Relais, « mais c’est, pour l’instant, la seule solution pour éviter l’enfouissement de ces vêtements », souligne le directeur.

Du fil à retordre

Pour se développer, la filière du recyclage textile manque encore de moyens. « Ça ne peut passer que par de l’investissement en machinerie, comme des lecteurs optiques capables de reconnaître les matières pour les trier efficacement, explique Emmanuelle Butaud, déléguée générale de l’UIT, l’Union des industries textiles de France. Il faut aussi passer à l’écoconception des vêtements. » Autrement dit, penser leur recyclage dès le début de leur vie : ne pas, par exemple, mélanger des fibres impossibles à séparer par la suite. En attendant le marché reste balbutiant et cher. « Le recyclage n’est pas une solution en soi. Ce doit être le dernier recours, insiste Amandine Feupier de Zero Waste Nantes, une asso de lutte contre le gaspillage. La collecte, les machines qui séparent les fibres, les nouveaux assemblages, tout cela consomme énormément d’énergie. Comme avec les emballages, c’est le serpent qui se mord la queue ». Selon Zero Waste, la seconde main et les créateurs éthiques restent la meilleure solution.

 

Le Relais
« Le recyclage n’est pas une fin en soi. » (Stéphane Mahé/Les Autres Possibles)

 

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